savon empâtage à chaud - hot process soap

Un savon ! Mais quel savon ?

À l’heure actuelle, les savons sont fabriqués selon des procédés très divers. Ainsi, sous la même appellation générique de « savon », vous trouverez dans le commerce des produits fondamentalement différents allant des plus agressifs aux plus doux, des plus polluants aux plus sobres. Alors, savon à chaud, savon à froid, savon d’Alep, savon de Marseille ? Nous allons essayer d’y voir clair parmi les différents modes de fabrication du savon.

 

La saponification

 

De manière générale, on appelle « savon » le produit obtenu par la réaction chimique de saponification. Cette réaction intervient lorsque l’on mélange un corps gras et un alcali (hydroxyde de sodium pour obtenir les savons solides, hydroxyde de potassium pour obtenir les savons noirs, les savons crèmes, les savons liquides).

Il existe 2 types de saponification :

–  la saponification à chaud ( hot process)

 – la saponification à froid (cold process)

La première implique l’utilisation d’une source extérieure de chaleur. La pâte est cuite de manière à achever la saponification durant le processus de fabrication.

La seconde n’utilise pas de source extérieure de chaleur. La seule source de chaleur intervenant dans le procédé est celle naturellement produite par la réaction de saponification elle-même.

Lorsque la fabrication est faite, la saponification n’est pas encore arrivée à son terme. Le savon à froid a besoin d’une période de cure (de séchage). Pendant la cure, la saponification s’achève, l’eau s’évapore et la structure cristalline du savon évolue. Cette période de cure est nécessaire pour que le savon « à froid » atteigne ses qualités optimums.

 

La saponification à chaud

 

En saponification à chaud, il existe plusieurs processus de fabrication :

 

La méthode dite de Marseille qui se fait en cinq étapes.

 

savons de Marseille de la savonnerie Fer à Cheval– empâtage à chaud (mélange des corps gras et alcalis sous une source de chaleur)

– relargage afin de séparer la glycérine

– cuisson

– lavage

– puis liquidation.

On obtient ainsi le Savon de Marseille, ou encore les bondillons dits de Marseille et également le Savon d’Alep traditionnel.

Si cela vous intéresse, vous pouvez voir en détail ce procédé de fabrication sur la page de la Savonnerie du Fer à Cheval qui fabrique son véritable savon de Marseille selon ce procédé.

 

Empâtage à chaud (hot process)

 

savon empâtage à chaud - hot process soap

Savons faits main en « hot process ». Surgras et sans relargage de glycérine

Quand le relargage de glycérine n’est pas effectué, on obtient, à l’instar des savons à froid, un savon riche en glycérine – le savon dit d’empâtage à chaud ou le hot process soap – tel que chez Martin-de-Candre.

La saponification à chaud permet également de produire les savons transparents, les savons liquides, les savons crèmes ou encore, les savons noirs.

Les savons à raser à l’ancienne qui nécessitent une haute teneur en acide stéarique pour produire leur mousse dense, riche et stable, sont également fabriqués le plus souvent selon ce procédé d’empâtage à chaud.

 

 

Les Bondillons

 

L’industrie de nos jours ne saponifie pas. Elle utilise les bondillons (soap noodles).

Ces bondillons élaborés essentiellement à partir de suif et/ou d’huile de palme sont saponifiés pour la plupart en Malaisie qui fournit 90% de la production mondiale. Ils servent à fabriquer la majorité des savons que l’on trouve dans le commerce. Ce sont des savons moulés, pressés, puis estampillés. 

Leur usage n’est pas réservé à l’industrie et nombre d’entreprises artisanales travaillent à partir de ces bondillons pour produire leurs savons.   

Le matériel utilisé existe en semi automatique pour les activités artisanales ou en automatique pour les activités industrielles. Il s’agit d’une mélangeuse, une boudineuse extrudeuse affineuse, une presse, une coupeuse.

Les bondillons ont une teneur en glycérol (glycérine) de moins de 1 à 2%, et sont issus de divers procédés. Et bien sûr, ils ne sont pas tous issus de la saponification à chaud. 

 

Nous distinguerons donc :

 

savon procédé dit de Marseille

Les bondillons de type savon de marseille : 

 

Fabriqués comme indiqué dans les pages de la Savonnerie du Fer à Cheval mentionnées plus haut, ils alimentent bon nombre de fabricants de savons de Marseille qui travaillent selon le procédé de pressage à froid. Cela leur évite de réaliser la saponification des corps gras.

 

 

Les bondillons de savon végétal (ou pas) conçus à partir d’un procédé moderne

 

La saponification des acides gras issus eux même de traitements chimiques de corps gras. Procédé plus rapide que le procédé dit de Marseille, utilisé couramment pour les savons du commerce, bio ou non bio. On y trouve les bondillons

Les savons à base de bondillons de soapy and co

– de  Syndets, à base de tensioactifs (nous y consacrerons un prochain article)

– pour savons variés (savon végétal, savon à base d’olive, savon d’alep, savon à base de karité …) 

Le fabricant de savon à partir de bondillons, quelque soit l’échelle à laquelle il travaille (artisanale ou industrielle) n’indique pas faire de la saponification à froid, il pratique la pression à froid.
Il ne chauffe rien, il malaxe, boudine, extrude, presse et coupe des morceaux de savon sans intervention de chaleur. Il ne formule pas, il ne saponifie pas. 

Ce sont, par exemple, les savons que vos trouverez chez soapyandco qui a la rare honnêteté d’annoncer la couleur. Ce sont aussi les savons des grandes marques de parfumerie, les savons de supermarché, les savons que l’on trouve en parapharmacie et également la majorité des savons dits artisanaux qui égaient nos marchés d’été. Enfin, ce sont aussi les « savons sans savon » couramment appelés « pains dermatologiques ».

 

Le cas particulier des melt and pour

 

On les trouve dans le commerce également sous le nom de « savon glycériné ». Ce sont des bases de savon à fondre et couler pour obtenir des savons transparents ou opaques. 

savons melt and pour du Bar à Savon

Savons Melt and Pour du Bar à Savon de Saint Jean de Luz

Disponibles en bloc (plutôt qu’en bondillons) ils sont saponifiés à partir de matières grasses végétales souvent mélangées à des tensioactifs et des émulsifiants. Enrichis en agents émollients (comme le sorbitol) et en glycérine.

Leurs compositions peuvent être plus ou moins saines, mais ils est possible de trouver assez facilement dans le commerce des bases relativement acceptables. On évitera de choisir celles contenant des tensioactifs agressifs (sodium laureth sulfate, sodium lauryl sulfate, ammonium laureth sulfate ou amonium lauryl sulfate) et autres joyeusetés telles que EDTA, tetrasodium etridonate ou pentasodium pentetate.

Quoique saponifiés en amont de leur façonnage comme les bondillons, les « Melt and Pour » ne nécessitent aucun matériel particulier pour être mis en oeuvre. Il suffit de les faire fondre puis de les couler dans des moules, enrichis d’actifs, de parfums et de colorants.

Le savon Melt and Pour est un produit ludique dont la confection est sans danger. A ce titre, c’est une activité souvent pratiquée en loisirs créatifs dont les enfants sont en général très friands.

 

La saponification à froid

 

La technique de saponification à froid est le procédé utilisé pour fabriquer à la main des savons à partir d’huiles et de graisses sans chauffage de celles ci.

La seule chaleur intervenant dans le procédé est la chaleur libérée naturellement durant la réaction de saponification suite à l’action de l’alcali (soude et/ou potasse ) sur des triglycérides (matières grasses).

 

À la « trace », qui est l’étape où le processus de saponification s’est amorcé, on ajoute des actifs fonctionnels qui peuvent être :

– Les colorants :  (argiles, plantes, pigments naturels)

– Les compositions parfumantes : synthétiques ou naturelles (huiles essentielles, extraits CO2…)

– Les actifs émollients, surgraissants, gommants (huiles végétales, graines végétales….)

Le mélange est ensuite mis dans un moule puis démoulé dans les 24 à 48h pour être découpé.

Après le découpage, le savon saponifié à froid doit sécher à l’air libre. Cette période que l’on appelle la cure s’étale sur une période de 4 à 6 semaines minimum (selon la nature des savons) et se fait à l’abri de la lumière à une température idéale comprise entre 18° et 20°.

 

Remarques  :

 

Un artisan savonnier qui saponifie lui-même ses matières grasses est également l’auteur de ses formules. Il choisit ses matières premières avec soin en fonction de leurs vertus et des caractéristiques particulières qu’elles donneront au savon. 

Grâce à l’excellente qualité des matières grasses employées, aucun lessivage du mélange n’est nécessaire.

Pas d’hydrolyse à haute pression effectuée pour éliminer la glycérine produite.

Des formulations sans excès de soude. Au contraire, le savonnier pratique un escompte d’alcali dans sa formule et/ou l’ajout « à la trace » d’huiles végétales rares. Ainsi non saponifiées, elle gardent intactes leurs propriétés exceptionnelles.

En conséquence, l’emolllience (due à la  glycérine) et le surgras (excès de corps gras) sont présents naturellement dans les savons obtenus par saponification à froid.

 

Contraintes et avantages du procédé

 

De façon artisanale, on saponifie de 5 à 30 kg d’huiles végétales à chaque bain (plusieurs bains journaliers sont possibles.)

En effet, la réaction de saponification se faisant, le mélange épaissit plus ou moins vite selon sa formule et doit être rapidement versé dans des moules. Saponifier une quantité volumineuse d’huiles est quasi ingérable de ce fait.

Ce procédé de fabrication ancestrale consomme peu d’énergies fossiles et le savon qui en résulte est entièrement biodégradable. 

L’emploi de matières premières répondant à des normes de qualité strictes permet d’inscrire l’activité dans la dynamique du développement durable.

 

En conclusion

 

Voilà. J’ai essayé d’être aussi factuelle et synthétique que possible ! Et j’espère vous avoir éclairé sur les différents modes de fabrication du savon.

Je ne saurais trop conseiller à mes aimables lecteurs d’allumer leur curiosité ! Recherchez  des savons produits par de petites savonneries artisanales qui saponifient elles-mêmes leurs matières grasses. Doux pour la peau, doux pour la planète, ce sont des produits façonnés à la main par des artisans passionnés près de chez vous.

On oppose souvent en France le savon à froid aux autres modes de fabrication qui seraient de moins bonne qualité. Je dois souligner ici un point.

L’empâtage à chaud (le hot process) produit également des savons très doux de très haute qualité. S’ils sont réalisés dans les règles de l’art, ils sont également fabriqués avec des matières premières d’exception, et à l’instar des savons à froid, surgraissés et riches de leur glycérine naturelle. Or, ces deux éléments, le surgras et la glycérine, sont essentiels à la douceur d’un savon.

Par ailleurs, il faut préciser que la cuisson de ces savons est beaucoup plus douce et beaucoup plus courte que la cuisson des Marseille ou des Alep.

Personnellement, que ce soit l’un ou l’autre, ces savons n’ont jamais convenu à mon type de peau. Attention, je ne veux pas dire que ce sont de mauvais produits, mais le fait qu’ils soient débarrassés de leur glycérine et peu surgraissés ne convient pas à ma peau fine.

Si au contraire, ils font des merveilles sur vous, je vous engage à rechercher les meilleurs producteurs, comme par exemple, la Savonnerie du Fer à Cheval, mentionnée dans mon article. Ou pourquoi pas, vous laisser tenter par un Alep « à froid », tel que proposé par l’excellente savonnerie Gaïa.

 

Chinez, amusez-vous, et alternez vos choix ! Mais faites la part belle aux plus exigeants, aux passionnés et aux créatifs !

 

Savon à froid Marcel-cosmeticsoaps

Savon à froid « Pourquoi tel jour ? » par Marcel-Cosmeticsoaps

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